Il y a une odeur qui appartient à la fin octobre : celle du romarin froissé entre deux doigts, sèche et résineuse, qui monte d'un coup et réveille quelque chose de très ancien. Les plantes de Samhain ne sont pas un décor saisonnier. Elles sont le plus vieux langage que nous ayons pour parler aux absents.
Dans cet article, je vous transmets sept plantes liées à la nuit du 31 octobre : ce que la tradition leur attribue, d'où viennent ces usages, et surtout les gestes concrets pour les employer — sur l'autel, dans la fumée, dans un sachet, dans une coupe. Avec les précautions que personne ne prend la peine d'écrire.
Au sommaire de cet article
- Pourquoi les plantes tiennent une place centrale à Samhain
- Les sept plantes de Samhain, une à une
- Composer ses mélanges de Samhain : trois recettes
- Précautions : ce qu'il ne faut pas faire
- Pour aller plus loin avec les plantes de Samhain
- Questions fréquentes
Pourquoi les plantes tiennent une place centrale à Samhain
Samhain marque la fin des récoltes et l'entrée dans la saison sombre. C'est le moment où les champs ont rendu tout ce qu'ils avaient, où l'on rentre le dernier des herbes séchées, et où l'on commence à vivre de ce que l'on a mis de côté. Les plantes de Samhain sont, très littéralement, ce qui reste quand le vert a disparu : des tiges sèches, des baies, des fruits à coque, des fruits d'arbre.
Cette coïncidence n'est pas anodine. Les herbes que la tradition associe à cette nuit sont presque toutes des plantes de conservation — celles qui se gardent, qui traversent l'hiver, qui gardent leur parfum une fois mortes. On honore les morts avec ce qui survit à sa propre saison. Le symbole est là, entier, avant même le premier rituel.
Samhain 2026 : la nuit du 31 octobre au 1er novembre
Samhain se célèbre le 1er novembre, mais les festivités commencent au soir du 31 octobre, parce que la journée celtique commençait et se terminait au coucher du soleil. En 2026, la veillée s'ouvre donc le samedi 31 octobre au crépuscule. C'est à ce moment que l'on dresse l'autel, que l'on allume la première bougie et que l'on dispose les plantes. Si vous découvrez ce sabbat, commencez par mon guide complet de Samhain : rituels, autel des ancêtres et traditions, puis revenez ici pour la partie végétale.
Trois gestes, trois usages
Quelle que soit la plante, vous n'avez que trois manières de l'employer, et c'est tant mieux : cela simplifie beaucoup la pratique.
- Poser : la plante entière, sèche, disposée sur l'autel ou sur le seuil. Geste d'offrande et de mémoire. Aucun risque, aucune préparation.
- Brûler : la fumigation, pour purifier un espace ou ouvrir une veillée. Demande une ventilation et un contenant résistant à la chaleur.
- Infuser ou manger : réservé aux plantes alimentaires, et à elles seules. C'est ici que l'on se blesse quand on confond les espèces.
Les sept plantes de Samhain, une à une
1. Le romarin — l'herbe du souvenir
S'il ne fallait en garder qu'une, ce serait celle-là. Le romarin est en Europe la plante du souvenir, et pas seulement de façon poétique : les endeuillés en jetaient des brins dans les tombes, et la plante sert encore de symbole lors des commémorations de guerre et des funérailles en Europe comme en Australie. Shakespeare met la formule dans la bouche d'Ophélie : « There's rosemary, that's for remembrance » — voilà du romarin, c'est pour le souvenir.
Plante sacrée chez les Égyptiens, les Grecs et les Romains, décrite par Pline l'Ancien et Dioscoride, le romarin traverse toute l'histoire méditerranéenne sans jamais quitter ce registre : on s'en sert pour ne pas oublier.
Comment l'employer à Samhain : un brin par défunt que vous souhaitez nommer, posé devant sa photo ou son objet. On prononce le nom, on pose le brin. C'est tout, et c'est suffisant. Les brins restent sur l'autel jusqu'à ce qu'ils soient complètement secs, puis on les brûle ou on les rend à la terre.
2. Le laurier — la feuille des oracles
Le laurier noble (Laurus nobilis) est l'arbre d'Apollon, dieu des oracles. La tradition antique rapporte que la Pythie de Delphes mâchait des feuilles de laurier cueillies sur un arbre sacré poussant dans le temple, pour entrer dans la transe d'où sortaient ses prophéties. On couronnait de laurier les vainqueurs des jeux Pythiques et ceux qui recevaient un présage favorable.
Samhain étant, dans la tradition, la nuit où l'on interroge l'année à venir, le laurier y trouve naturellement sa place.
Comment l'employer : écrivez une question sur une feuille de laurier entière, à l'encre ou à la pointe sèche, et glissez-la sous la bougie de votre veillée. Vous la brûlerez à la fin, ou vous la garderez jusqu'à Yule pour voir ce que l'hiver en a fait. C'est un support de réflexion, pas une boule de cristal — la réponse viendra de vous.
3. L'armoise — la ceinture de la Saint-Jean
L'armoise (Artemisia vulgaris) porte au Moyen Âge le nom de cingulum Sancti Johannis, la ceinture de saint Jean : on la cueillait la veille de la Saint-Jean et on la portait en couronne ou en ceinture, dans la conviction qu'elle protégeait des maux et des malheurs. C'est l'une des rares plantes dont l'usage protecteur est attesté sur tout le continent européen, du nord au sud.
En herboristerie magique contemporaine, elle est la plante des rêves et des visions — un usage plus récent et moins documenté que le précédent, que je vous donne pour ce qu'il est : une tradition vivante, pas un fait historique.
Comment l'employer : en fumigation, quelques brins seulement, pour ouvrir la veillée. Son parfum est amer et poivré, très reconnaissable. Un bâton de fumigation mêlant sauge et armoise fait très bien l'affaire si vous ne voulez pas gérer de braise.
Attention : l'armoise est déconseillée pendant la grossesse sauf avis médical, son pollen est l'une des principales causes de rhume des foins et d'asthme allergique, et elle contient de la thuyone. On la pose, on la brûle brièvement dans une pièce ventilée — on ne la consomme pas à la légère.
4. Le genévrier — la fumée qui assainit
Le genévrier (Juniperus communis) est la plante de purification du nord de l'Europe. Dans les Highlands d'Écosse, un rituel de Hogmanay — le nouvel an — consistait à bénir et protéger la maisonnée et le bétail par la fumée de genévrier : c'est le saining. Plus anciennement, sa fumée servait à la purification rituelle des temples, et les anciens lui prêtaient la faculté de favoriser la clairvoyance. En Europe centrale, on la retrouve dans les nettoyages de printemps destinés à chasser la sorcellerie.
Comment l'employer : une poignée de baies sèches sur un charbon ardent, dans un brûleur stable. L'odeur est sèche, résineuse, presque poivrée — elle « nettoie » une pièce bien plus franchement que la sauge. C'est la fumée que je recommande avant d'installer un autel des ancêtres : on assainit l'espace, puis on invite.
Si la mécanique de la fumigation vous est encore étrangère, j'ai détaillé charbons, brûleurs et sécurité dans mon guide complet des encens, résines et fumigations.
5. Le sureau — l'arbre de la Vieille
Le sureau noir (Sambucus nigra) est habité, dans le folklore anglais et scandinave, par une gardienne : la Hyldemoer danoise, l'Elder Mother anglaise, appelée aussi Old Lady ou Old Girl dans le Lincolnshire. On ne coupait pas de sureau sans lui demander la permission, selon une formule transmise telle quelle : « Vieille dame, donne-moi un peu de ton bois et je te donnerai du mien quand je serai devenu un arbre. » Les récits ne manquent pas sur le sort de ceux qui s'en dispensaient. Ailleurs, on plaçait des croix de sureau sur les bâtiments pour écarter le mal.
À Samhain, où l'on célèbre l'aspect de la Vieille — la Crone, la troisième face de la Déesse —, cette plante gardée par une vieille femme tombe exactement au bon endroit de la roue.
Comment l'employer : les fleurs séchées, posées en couronne autour de la bougie des ancêtres. Et si vous avez un sureau près de chez vous, allez lui demander la permission avant d'en prendre un rameau. Ce n'est pas de la superstition : c'est la plus ancienne leçon d'herboristerie qui soit, celle du consentement de ce qu'on récolte.
Attention : hormis les fleurs et les baies bien mûres et cuites, toutes les parties du sureau sont toxiques — elles contiennent de la sambunigrine, un hétéroside cyanogène. Les baies crues provoquent nausées, vomissements et diarrhées sévères. On ne grignote pas le sureau de l'autel.
6. La pomme — le fruit de l'Autre Monde
La pomme est le fruit de Samhain par excellence, et pour deux raisons qui se rejoignent. D'abord la mythologie : Emain Ablach, « Emhain des pommes », est l'île-paradis de la mythologie irlandaise, demeure de Manannán Mac Lir et lieu où fut élevé le dieu Lug. On considère qu'elle a pu influencer l'Avalon arthurien de Geoffroy de Monmouth. L'Autre Monde celtique sent la pomme.
Ensuite la coutume : les divinations de Samhain tournent autour des pommes. L'apple bobbing — attraper une pomme à la bouche dans un baquet d'eau — en est la survivance la plus connue ; on faisait aussi tourner une tige portant une bougie allumée à un bout et une pomme suspendue à l'autre.
Comment l'employer : coupez une pomme en travers, perpendiculairement au trognon. Les pépins y dessinent une étoile à cinq branches — le pentagramme, naturellement inscrit dans le fruit. C'est le plus beau symbole que vous poserez sur votre autel cette nuit-là, et il vous aura coûté une pomme. Une moitié pour les vivants, une moitié laissée dehors pour les morts.
7. La noisette — la graine du conseil
La noisette complète le tableau des divinations de Samhain. La coutume consistait à faire griller deux noisettes près du feu, l'une nommée d'après soi, l'autre d'après la personne désirée, et à lire dans leur comportement — celle qui saute, celle qui brûle paisiblement — l'avenir de l'attachement.
Comment l'employer : à deux, devant une bougie, en posant une vraie question. La noisette est une divination joyeuse, et Samhain n'est pas qu'une nuit grave : c'était aussi une nuit de jeux, de déguisements et de visites de maison en maison.
Pomme et noisette ne se trouvent pas dans une boutique ésotérique : elles se trouvent au marché, et c'est très bien ainsi. Les cinq autres, elles, se gardent en bocal — nos plantes et herbes magiques en vrac permettent de constituer un fonds d'herbier qui tiendra plusieurs saisons.
« L'herbe que vous cueillez vous-même vaut dix fois celle que vous achetez ; mais celle que vous achetez vaut l'infini comparée à celle que vous ne cueillerez jamais. »
Composer ses mélanges de Samhain : trois recettes
Le mélange du souvenir — à brûler
- 2 parts de romarin (le souvenir)
- 1 part de baies de genévrier légèrement écrasées (l'assainissement)
- 1 part de fleurs de sureau (la gardienne)
- Quelques brins d'armoise, pas plus (l'ouverture)
Écrasez grossièrement au mortier, sans réduire en poudre — on veut des morceaux qui se consument lentement. Une demi-cuillère à café sur un charbon, dans une pièce ventilée, au moment d'allumer la bougie des ancêtres.
Le sachet du seuil — à suspendre
Dans un carré de tissu sombre : une feuille de laurier entière, trois brins de romarin, une pincée de genévrier, et un pépin de la pomme que vous aurez partagée. On noue avec trois tours de fil, on suspend près de la porte d'entrée pour la durée de la veillée, et on garde le sachet jusqu'à Yule. Un petit contenant rituel ou une fiole fait aussi bien l'affaire si vous préférez le poser sur l'autel.
La coupe du veilleur — à boire
Uniquement des plantes alimentaires, et rien d'autre : une tranche de pomme, un brin de romarin, un bâton de cannelle, dans de l'eau chaude non bouillante, dix minutes à couvert. Pas de laurier dans la tasse — gardez-le pour l'écriture —, pas d'armoise, pas de sureau. Cette coupe-là n'a aucune prétention : elle vous tient éveillée et occupe vos mains pendant que vous veillez.
Précautions : ce qu'il ne faut pas faire
- Ne confondez jamais le laurier noble avec le laurier-rose ni le laurier-cerise. Seul Laurus nobilis, le laurier de cuisine, est comestible. Le laurier-rose (Nerium oleander) est violemment toxique. Si vous cueillez, identifiez formellement.
- Ne brûlez jamais dans une pièce fermée. Une fenêtre entrouverte, toujours, et un brûleur posé sur une surface non inflammable.
- Ne laissez pas d'herbes à portée d'un enfant ou d'un animal. Un chat qui mâchouille un bouquet d'autel est un scénario très ordinaire.
- Ne consommez pas une plante parce qu'elle figure dans un rituel. Les usages magiques et les usages alimentaires sont deux listes différentes, et elles ne se recouvrent qu'en partie.
- Vérifiez la provenance. Une plante destinée à être brûlée près de votre visage mérite la même exigence qu'une plante destinée à l'assiette.
✦ Conseil de la Sorcière ✦
Ne cherchez pas à réunir les sept. La première année, j'avais trois plantes et une bougie, et cette veillée-là reste la plus juste que j'aie tenue. Prenez le romarin, nommez vos morts à voix haute, et laissez le reste venir avec les saisons. Un herbier se constitue en années, pas en une course au magasin la semaine du 31 octobre.
Pour aller plus loin avec les plantes de Samhain
Les plantes de Samhain ne demandent ni matériel ni technique : elles demandent une attention. Le romarin pour nommer, le laurier pour questionner, le genévrier pour assainir, le sureau pour la gardienne, l'armoise pour ouvrir, la pomme et la noisette pour l'Autre Monde et pour le jeu. Sept plantes, trois gestes — poser, brûler, partager — et une nuit où l'on prend le temps.
Si vous souhaitez constituer votre herbier avant le 31 octobre, prenez le temps de choisir dans notre sélection de plantes et herbes magiques : le romarin, le laurier, le genévrier et le sureau s'y trouvent en vrac, et ce sont eux qui vous serviront toute l'année, bien au-delà de ce sabbat. Pour les alternatives à la sauge blanche, dont la surexploitation pose un vrai problème, j'ai écrit un article dédié sur la sauge blanche et ses alternatives écologiques.
Cet article est rédigé à des fins informatives et spirituelles. Les pratiques décrites ne se substituent en aucun cas à un avis ou un traitement médical. En cas de doute, consulter un professionnel de santé.
Questions fréquentes sur les plantes de Samhain
Quelles sont les plantes traditionnelles de Samhain ?
Les plus solidement attestées sont le romarin, plante du souvenir jetée dans les tombes en Europe, le laurier noble lié aux oracles d'Apollon, l'armoise portée en ceinture protectrice au Moyen Âge, le genévrier brûlé pour la purification dans les Highlands, le sureau gardé par l'Elder Mother du folklore anglo-scandinave, et surtout la pomme et la noisette, qui sont au cœur des divinations de Samhain rapportées par les sources irlandaises.
Quand commence Samhain en 2026 ?
Samhain se célèbre le 1er novembre, mais la veillée commence au soir du 31 octobre, parce que la journée celtique débutait au coucher du soleil. En 2026, le 31 octobre tombe un samedi : la célébration s'ouvre donc ce soir-là, au crépuscule, et se poursuit jusqu'au coucher du soleil du 1er novembre.
Peut-on remplacer la sauge blanche par ces plantes ?
Oui, et c'est même préférable. Le genévrier et le romarin sont des plantes de purification européennes, documentées comme telles, disponibles localement et sans le problème de surexploitation qui pèse sur la sauge blanche nord-américaine. Leur fumée est plus sèche et plus franche. Pour un usage quotidien, le romarin seul suffit très bien.
Faut-il brûler les plantes ou simplement les poser ?
Les deux fonctionnent, et le choix dépend de l'intention. Poser une plante est un geste d'offrande et de mémoire : on la laisse sur l'autel, elle sèche, elle reste. Brûler est un geste de passage : on transforme, on ouvre, on nettoie un espace. Si vous débutez, commencez par poser — cela ne demande ni charbon, ni ventilation, ni surveillance.
Où trouver des plantes pour Samhain si je n'en cultive pas ?
La pomme, la noisette et le romarin se trouvent au marché ou en épicerie. Le laurier noble aussi, au rayon des herbes de cuisine. Pour le genévrier, l'armoise et le sureau séchés, il faut passer par une herboristerie ou une boutique spécialisée en plantes magiques en vrac. Achetez de petites quantités la première année : vous saurez ensuite lesquelles vous servent vraiment.
Les plantes de Samhain ont-elles un effet garanti ?
Non, et personne ne devrait vous l'affirmer. Ces plantes sont des supports symboliques et des repères sensoriels : elles structurent un geste, elles ancrent une intention, elles donnent une odeur à un souvenir. C'est considérable, et c'est tout. Aucune d'elles ne soigne, ne guérit ni ne remplace un accompagnement professionnel, qu'il soit médical ou psychologique.
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